Nos Voyages immobiles

Du 21 mars au 2 juin 2021

EXPOSITION

Là où l’actualité nous impose l’immobilité ou contrarie nos perspectives, il est une voie pour voyager, pour se laisser imprégner par le monde par-delà du mouvement. Perméables, sensibles aux influences durables comme à la fugacité de l’instant, les artistes ont des antennes qui captent les bruits du monde pour mieux les assimiler et nous en offrir une vision saisissante et personnelle.

Spirituel ou esthétique, rêvé ou entravé, l’appel de l’ailleurs habite les oeuvres des trois céramistes qui ouvrent le bal de cette nouvelle saison. Si Stéphanie Bertholon et Marie-Laure Guerrier nourrissent leur travail d’un goût prononcé pour l’art extrême-oriental, Elsa Alayse évoque tout à la fois un cheminement plus intérieur et la précarité de ceux pour lesquels le voyage n’est pas un luxe.

Marie-Laure Guerrier, formée auprès de grands émailleurs, a hérité de cette passion pour le raffinement d’une couverte, la distinction des matières et des coloris. Nourrie à la beauté des céramiques chinoises de la dynastie Song, la céramiste a développé un important répertoire associant formes et émaux dans une quête subtile d’équilibre entre sobriété et éclat, tempérance et flamboiement. Ce sont les fruits de ce travail de plus de 30 ans que nous recueillons ici. Dans ce vaste ensemble de pièces, la finesse d’un bassin en porcelaine à décor gravé sous un lumineux émail céladon se mêle à la rugosité d’une sobre jarre en grès habillée d’un somptueux émail gris ; l’expression d’une rare alliance entre fascination pour les traditions asiatiques et épure toute contemporaine.

C’est une vision onirique et intime et l’Extrême-Orient qui se manifeste chez Stéphanie Bertholon. Son art entremêle deux sources distinctes dont l’association colore son univers de raffinement et de féminité.

Son attirance pour la nature s’exprime tant dans son tournage souple et vivant que dans la minutieuse précision de son décor : un émaillage tout en nuances dans lequel le nacré rencontre le mat et s’illumine de touches d’or. Les taches ourlées reflètent la somptuosité d’une fourrure, la régularité des écailles d’un poisson comme les fascinantes ocelles d’un plumage d’oiseaux. Une sensibilité qui nous renvoie au Pays du soleil levant, comme ces carpes qui glissent au creux d’un bassin, leurs flancs orangés se mariant parfaitement au bleu moucheté de l’émail.

Elsa Alayse s’intéresse à l’humain et à ses complexités existentielles. Son travail figuratif, réalisé schématiquement dans une porcelaine blanche qui en accroît l’étrangeté, sonde les mystères de notre humanité.

Qu’elle associe avec humour et sobriété ses personnages à des éléments cartonnés qui viennent leur couvrir la tête ou peser sur leur dos dans la série « Ma maison est en carton », ou qu’elle entoure d’un joli motif de guirlande (en réalité, un barbelé) des corps qui s’en retrouvent empêchés, entravés, l’artiste laisse le champ de l’interprétation ouvert. La force poétique de son travail réside dans cette tension, entre la sombre actualité du sort des migrants et des SDF, au thème, plus générique, de l’exil et de l’isolement, social ou intime.

Infos pratiques

Du 21 mars au 30 avril : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 13h et de 14h30 à 18h.

Mai et juin : ouvert tous les jours, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h.

*Horaires  susceptibles de modification en fonction de l’évolution des conditions sanitaires.