Le Lointain bruit du monde

Du 6 juin au 28 juillet 2021

EXPOSITION

Une tête enfouie qui ressurgit, sa frêle peau de chaux révélant ses traits primordiaux, un rocher âprement déchiqueté par les vents, enveloppé dans un épiderme de velours, un corps hybride, fragmenté, créature onirique dans laquelle l’humain et l’animal cohabitent.

La force des images dessine des paysages puissants, où l’art rupestre, les masques africains, les images d’un passé immémorial, cohabite parfois avec la vitalité de la présence au monde, la modernité d’un mode d’expression, les questionnements intimes et personnels, nos rêves éveillés.

Cette exposition est une rencontre improbable entre trois univers artistiques sans concession, qu’une voix lointaine semble relier, comme un écho, s’imprégnant de la minéralité des falaises avant d’arriver jusqu’à nous : Camille Virot, qui a posé son atelier depuis 50 ans sur une colline dominée par la clarté calcaire d’une chapelle ; Michal Fargo, céramiste déracinée, qui confronte nature et artifice dans une toute nouvelle série de pièces ; et Mélanie Duchaussoy, qui a récemment troqué les encres de l’estampe pour l’expressivité narrative de la terre.

Nourri par ses expériences africaines « aux sources primaires du métier », en quête d’une céramique à la force plastique originelle, Camille Virot a développé, à la faveur d’une farouche liberté d’esprit, une oeuvre profonde et pénétrante. Captivé par l’interaction entre les matériaux, il expérimente sans fin et construit ses pièces par assemblage, en associant à la terre et l’émail du ciment réfractaire, de la chaux et des granulats de toutes sortes, produits de ses collectes ou recyclage de cuissons antérieures. Ainsi, dans le chaos ordonné de ses boîtes, surmontées d’un couvercle construit comme une sédimentation, révèle une stratigraphie. L’objet – qu’il soit bol, boîte, maison ou tête – prend une dimension monumentale et mémorielle, et devient repère, tel un cairn planté dans le paysage.

Fraîchement embarquée depuis cinq ans dans l’univers de la céramique, Mélanie Duchaussoy – dont la pratique est habituellement centrée sur le monotype – aborde cette technique avec une grande liberté qui lui offre une expressivité décuplée. Sa sculpture met en scène des figures hybrides dans lesquelles le corps humain rencontre souvent celui de l’animal, pures visions oniriques, drôles, troublantes, surréalistes. L’étrangeté – qui émane de ses estampes – prend toute son ampleur dans son travail de sculpture, nourrie par les contrastes de matières et la construction inattendue de ses personnages.

Se dessine alors un théâtre de l’absurde peuplé de ses visions fantomatiques, habitées d’une douce férocité, d’une primitivité expressive dont émane une présence indéniable.

Michal Fargo, jeune artiste déjà internationalement reconnue et récompensée, présente ici son nouveau travail, « Second Nature » qui rompt avec ses précédentes recherches expérimentales, centrées sur des moules taillés dans l’éponge qui offraient à ses pièces des formes inédites. On repère cependant la vision similaire d’une nature en prise avec le progrès technique et industriel.

Retrouvant aujourd’hui pleinement la terre, elle sculpte « férocement » le grès de ses mains pour créer un relief accidenté qu’elle enveloppe d’un flocage velouté. Ainsi se mêle une dimension minérale, brutale, à une parure sophistiquée. En émerge une composition paysagère singulière, fabuleuse, rythmée par les formes, les couleurs, les textures et la lumière.

Infos pratiques

Du 6 juin au 28 juillet : ouvert tous les jours, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h.

*Horaires  susceptibles de modification en fonction de l’évolution des conditions sanitaires.